- guillaume jouet
- 30 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 19 heures
M. Grenouilleau rêve d'un golf sur le caillou…

Dans le dernier numéro de Commuter Magazine (https://thecommutermag.com/), Marc Grenouilleau fait part de son projet de golf à Saint-Barth. Ce n'est pas une lubie passagère, puisqu'il dit y travailler depuis sept ans et avoir trouvé un terrain à Petit-Cul-de-Sac. Selon ses dires, il ne manque que « l'aval des autorités compétentes » pour parvenir à ses fins (un permis d'aménager ?).
Attention, le projet sera « écologique » avec une belle pelouse artificielle qui ne consomme pas d'eau.
On peut déjà imaginer le terrassement nécessaire, avec excavation (30 à 40 centimètres sur toute la surface du terrain) puis remblais de gravier et de sable d'amortissement pour préparer le sol avant pose du gazon. Sans oublier sans doute un petit coup de BRH si la roche affleure par endroits. Bref, une opération à haute valeur environnementale. Sur combien d'hectares le projet s'étendrait-il ? Pour un golf « pitch and putt » de 9 trous, ce qui se fait de plus petit en France métropolitaine, comptez une emprise de 5 à 8 hectares. Au prix du mètre carré à Saint-Barth, on peut imaginer que le projet se situerait en zone N non constructible. Combien d'arbres et arbustes devra-t-on sacrifier pour le plaisir de quelques-uns ?
Le plastique est désormais interdit en Europe dans ce type de revêtement car il est associé à une quantité monumentale de microparticules polluant les sols, rivières, nappes phréatiques et océans. Il est donc remplacé par du liège ou d'autres matières moins nuisibles. Mais l'interdiction serait t-elle respectée à Saint-Barth ?
M. Grenouilleau présente des arguments très forts pour défendre son dossier :
Tout d'abord, « mettre des machines qui produisent de l'eau à partir de l'air ambiant [...] permettrait de planter des espèces endémiques de l'île sur ce terrain sec qui n'a presque pas de végétation. » Nous y voilà : l'objectif de l'opération est de rendre l'île encore plus belle, plus végétalisée. On est toujours étonné d'entendre une fois de plus ce raisonnement lénifiant qui consiste à noyer des projets immobiliers sous un flot de foutaises pseudo-écologiques.
Autre argument massue : « Je reçois des courriers des hôteliers, restaurateurs, agences de voyage, agences immobilières… Tout le monde sur l'île sait qu'il y a besoin d'un parcours de golf à Saint-Barth. » Voilà une observation rigoureuse et une fine analyse des besoins indispensables au bien-être des résidents et des touristes. Vous pensiez que Saint-Barth avait besoin de calme, de sérénité, de logements à prix raisonnable, de médecins compétents, etc. ? Non, vous aviez simplement besoin d'un golf et vous ne le saviez pas !
Ou bien encore : « Aujourd'hui, ce sont les hôteliers qui payent les billets d'avion et d'hélicoptère permettant aux touristes d'aller jouer à l'extérieur ». Ben voyons. Je vous invite donc, pour ceux qui en ont les moyens, à réserver une nuit dans l'hôtel de votre choix, et réclamer, après le petit déjeuner, qu'on vous affrète un hélico pour Anguilla. Vous verrez, si ce petit service n'apparaît pas sur la note, c'est à ça qu'on reconnaît un bon hôtel.
Et un dernier pour la route : « Dustin Johnson, un des dix meilleurs joueurs du monde, vient régulièrement [à SB], mais ne peut pas jouer. » Vous rendez-vous compte ? Le type vient une semaine en vacances sans pouvoir pousser le cochonnet sur une pelouse. La vie est parfois si cruelle…
N'oublions pas que la création d'un golf s'accompagne systématiquement de projets immobiliers tels que bar, restaurant, etc. Ce monsieur et son projet peuvent sembler risibles, mais croisons les doigts pour que certains élus ne se rêvent pas un jour en polo et bermuda, faisant tournoyer leur club avec nonchalance avant de rejoindre Monsieur Grenouilleau au club-house.